Au comptoir des Jeunes…

On ne les entend pas, on ne parle jamais d’eux mais on prétend agir pour eux, ceux que l’on englobe dans les discours, sous le terme des générations futures. STOP ! Quittons un moment nos dialogues de sourds. Nous avons rencontré des Villardiens âgés entre 20 et 30 ans. Nous les avons abordés seul ou en petit groupe par la même question « comment vivez-vous à Villard ? ». Ils ont accepté cet échange uniquement par désir de s’exprimer et espoir d’être entendus. Rien d’autre.

Nous avons choisi de vous livrer l’essentiel de ces échanges.

Quelles que soient leurs différences, la phrase claque sans appel : « Villard c’est chez nous, on y est bien. Mais ça manque de vie, ça manque de mouvement ». Le décor est planté. Ils ne sont pas tous d’accord sur le rapport touristes / habitants. Pour les uns « si on se considère comme village touristique, l’animation n’est pas au niveau ». Pour les autres « on fait beaucoup pour les touristes et rien pour nous. La vie est payante à Villard le soir, nous on n’a pas les moyens de payer pour s’amuser. A part jouer aux boules sur un terrain (en l’occurrence dans le parc du Château), il n’y a rien pour nous ». Rapidement, ils expriment leur souhait d’avoir « une salle avec l’électricité ».
D’eux-mêmes et sans hésitation, ils s’imposent un cadre, une structure « sinon c’est le bazar ». Attention, ils pensent vite « puisque le Casino et le Bowling déménagent, on récupère un espace… C’est bien placé, on n’embêtera personne avec le bruit ». Ils évoquent une association qui gèrerait tout cela, qui les représenterait et qui s’impliquerait dans l’animation du village. D’ailleurs…

« Elle est où la fête du village ? »

A partir de là, tous se rejoignent dans une cohérence d’idées impressionnante. D., 26 ans: « une fête du village qui implique les habitants et qui donne un dynamisme collectif ». Bien-sûr la musique, les concerts ont leur préférence. Le comble : « cette année il n’y a même pas eu de concert à Villard le jour de la fête de la musique. S’il y a bien un jour où on s’attend à entendre de la musique, c’est ce jour-là ! ». Pour eux Villard doit oser « un Festival de qualité, de marque » qui se répète d’année en année, créer un rendez-vous attendu. Le Festival de Jazz allait dans ce sens, ils regrettent sa suspension. Ils insistent sur le rythme des animations en été afin de permettre aux visiteurs qui séjournent peu de temps de vivre un Villard vivant. «Un mois et demi d’animations, ce n’est pas énorme quand même ! » Ils regrettent l’absence d’évènements qui attirent les jeunes : « c’est la clientèle de demain ». B.26 ans: « on voit de moins en moins de jeunes et d’ados dans Villard, c’est inquiétant ».

Et le Beach Volley aux Bains ? 1ère cartouche : « on ne paye pas pour du sable ». 2ème cartouche : K. 25 ans, « si on voulait attirer les jeunes, il fallait aller au bout : mettre un terrain de boules, du socker, un beach rugby qui devient un snow rugby l’hiver comme ça marche ailleurs ». Ces jeunes nous parlent du Tournoi des 6 stations, de la Yeti Race, sorte de jeux inter neige modernes, qui allient animation sportive et amusement. 3ème cartouche : « on n’y va pas au Beach volley parce que les bains c’était notre piscine»…

Le sujet arrive tout seul. Nous argumentons : « 2 piscines à Villard, ça coûte cher. Il reste le Centre Aquatique ». Fusillade… F. 23 ans : « on n’y va jamais, c’est pour les touristes et même si on voulait y aller c’est trop cher ». D.26 ans : « il y a des touristes ultra fidèles à Villard qui allaient à la piscine des Bains et qui vont maintenant à Méaudre. Si même ceux-là on arrive à les perdre, c’est triste ». B. 26 ans maman de 2 petites filles : « cet été pour la 1ère fois je n’ai pas emmené mes filles à la piscine à Villard ». Question : avons-nous pris la vraie mesure du rôle et de la place de cette piscine des Bains ? Car ce ressenti est général.

Ce sujet douloureux passé, retour au centre pour évoquer le parc et le « château ».

Pour ces jeunes, il faut bien distinguer le parc du bâtiment. Ils sont attachés au parc, parce qu’ils s’y retrouvent enfin au cœur du village. M. 23 ans : « Le soir, tant qu’il fait jour, on reste dans le parc. Il y en a qui jouent aux cartes, d’autres qui dessinent, d’autres qui jouent aux boules ». Ils ajoutent non sans humour « C’est vrai qu’on remplit la poubelle mais on met tout dedans ! ». L’attachement au bâtiment est plus nuancé : « s’il est détruit, ça fera drôle au début et puis on s’y fera vite ». D.26 ans : « si on le rénove, il faut que ce soit pour un projet innovant dans son contenu et son aspect. Y mettre l’Office du Tourisme et une salle d’exposition, c’est l’option de facilité, on ne sort pas de l’ordinaire ». Ils parlent alors de professionnels de l’innovation qui pourraient travailler avec les villardiens intéressés.

Leurs galères ? Les mêmes que tous en mieux : le travail et le logement.

Leurs préférences de consommation ? Les circuits courts, le co-voiturage, les jardins partagés.

Leur ras le bol ? « Il faut arrêter de construire ».

Prêts à partager et développer leurs idées, ils veulent que ça bouge et aimeraient être écoutés. Avant de partir, tous ont proposé une suite : « si vous voulez on peut aller plus loin et travailler sur ce qu’on a dit. On peut être bien plus nombreux ». Attachés à Villard et au plateau, carrément dans leur temps, ils nous bousculent avec sérieux. Nous nous sommes engagés à poursuivre ces échanges.

 

Extrait de « La lettre aux villardiens », septembre-octobre 2016, chronique de l’opposition.

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